Impact des réformes sur le marché immobilier, évolution des prix, des conditions de crédit, construction de nouveaux logements, mesures sur les loyers... Benoist Apparu, secrétaire d’Etat chargé du logement, livre ses analyses à Explorimo:
LE CLUB IMMO. Une série de réformes entre en vigueur en 2012 : plus-values immobilières, PTZ + supprimé dans l’ancien, investissement locatif Scellier raboté. Faut-il s’attendre à un blocage du marché ?
BENOIST APPARU : Les ventes dans l’ancien sont très importantes pour le marché de l’immobilier, mais en matière d’emploi, d’offre et de production de logement, la construction neuve est essentielle. De ce point de vue, 2011 sera une très bonne année avec le franchissement de la barre des 400 000 logements produits. En ce qui concerne les perspectives 2012, c’est vrai que c’est une année incertaine. Cependant, le PTZ + est maintenu dans le neuf, il est axé vers la production de logements. Quant au dispositif Scellier, il est maintenu cette année avant d’être supprimé en 2013. Je pense que les investisseurs seront au rendez-vous en 2012 sur le logement neuf. Dans l’ancien, le marché sera probablement impacté par la crise, la suppression du prêt à taux zéro, et évidemment par les conditions et les taux de crédit des banques. Depuis 10, 15 ans les prix de l’immobilier progressent mais parallèlement des banques ont augmenté la durée des crédits et baissé les taux, ce qui a permis de compenser cette augmentation. Ce qui peut être salvateur c’est que les banques ne resserrent ni l’accès au crédit, ni les montants, mais la durée. En cas de baisse ou de stagnation des prix de l’immobilier, les équilibres de marchés pourront être retrouvés. L’année 2012 devrait être marquée par un recul des transactions, une stagnation des prix et potentiellement, une augmentation des taux d’intérêts et une réduction des durées de crédit.
Comment construire plus sans dépenser plus ?
C’est la question essentielle à laquelle nous devrons répondre. Il faut une alternative aux traditionnels investissements de l’Etat. Cela fait trente ans que le secteur de l’immobilier vit de subventions publiques (PTZ, Scellier, Robien, etc.) tout comme le logement social. Comment, avec moins d’argent public, réaliser autant voire plus de logement ? Je crois à la solution du droit à construire et de la densité. Il n’est pas question de refaire des tours de 50 étages, mais si l’on augmentait les droits à construire de 10 à 30%, nous pourrions produire plus de logements, créer de la richesse et de la valeur sans argent public. Je suis convaincu que c’est la solution pour les 10 ans qui viennent. La réalisation par exemple d’un ou deux étages supplémentaires. Cela permettra de changer fondamentalement les conditions économiques du marché, à la condition que cette nouvelle charge ne se traduise pas dans les prix du foncier. C’est une réforme essentielle à mener dans les années à venir.
Comment lutter contre les loyers abusifs ?
Nous venons de créer une taxe sur les loyers dits abusifs et qui concerne les micro-logements. Lorsque vous voyez que des 10m2 à Paris sont loués 700 ou 800 euros par mois, et cela concerne 20 000 logements environ, il faut agir. Cette taxe n’est pas destinée à rapporter de l’argent. Son objectif est de faire redescendre ces loyers-là sous les 40€/m2. C’est déjà très cher mais il me semble que ce n’est pas de l’abus. La deuxième logique préconisée par le parti socialiste est de bloquer tous les loyers. Je pense que cette mesure serait d’une absurdité totale, qu’elle est démagogique et contreproductive. Si un propriétaire loue un logement à 1 000 euros par mois et qu’on lui dit qu’il est ramené à 900, il ne fera plus de travaux pour améliorer la qualité de son logement. Dans le même cas, un particulier qui achète un logement pour le louer le revendra, récupérera son argent et investira ailleurs.
Auteur : Olivier Marin
31 rue Moutier